Week-end en Normandie en janvier : Honfleur, Dieppe et Le Tréport
L’essentiel à retenir 🌍
Un week-end en Normandie en janvier se décide en dix minutes et se passe de réservation. En deux jours, on enchaîne Honfleur et son Vieux Bassin, Dieppe, doyenne des stations balnéaires françaises, puis Le Tréport et son funiculaire gratuit au pied des falaises. Les trois étapes sont reliées par 145 kilomètres de route. Il fait 5 à 8 °C, la nuit tombe vers 17 h 30 et certains musées ferment pour le mois, mais vous aurez les quais et les plages pour vous seuls.
Certains week-ends se préparent des mois à l’avance. Celui-ci s’est décidé un vendredi soir de janvier, autour d’une envie simple : voir la mer. Un sac dans le coffre, des bonnets, et nous avons pris la route de la Normandie le lendemain matin, sans rien réserver. Au programme, trois ports que nous ne connaissions que de nom ou d’été : Honfleur, Dieppe et Le Tréport.
La Normandie en janvier, bonne ou mauvaise idée ?
Soyons clairs sur ce qui vous attend. À Dieppe, la température moyenne de janvier est de 5,6 °C, avec des maximales autour de 8 °C. Le jour dure à peine huit heures et demie : le soleil se lève vers 8 h 45 et se couche vers 17 h 20. Le ciel est souvent gris, le vent se lève sans prévenir, et une partie des restaurants et des musées prennent leurs congés annuels.
En échange, vous gagnez trois choses. La première, c’est le calme : des quais où l’on se gare sans tourner, des plages vides à marée basse, des terrasses chauffées où l’on trouve une table sans attendre. La deuxième, ce sont les prix, nettement plus doux qu’en été pour l’hébergement. La troisième est plus difficile à chiffrer : la lumière d’hiver sur la Manche, laiteuse, changeante, celle-là même que les peintres venaient chercher.
La règle du jeu est simple : partez tôt, visitez dehors tant qu’il fait jour, et gardez les musées, les cafés et le dîner pour après 17 heures. Pour d’autres recommandations valables toute l’année, voyez nos conseils pour profiter de vos vacances en Normandie.
Honfleur, le Vieux Bassin sans la foule
Honfleur est un tout petit port du Calvados, à peine plus de 6 600 habitants, posé sur l’estuaire de la Seine en face du Havre. En été, on y piétine. En janvier, nous avons fait le tour du Vieux Bassin en croisant plus de mouettes que de promeneurs.
Ce bassin, c’est l’image que tout le monde a en tête. Il a été aménagé à la fin du XVIIe siècle, après que Colbert eut ordonné de démanteler une partie des fortifications. Sur le quai Sainte-Catherine, les maisons des XVIIe et XVIIIe siècles se serrent les unes contre les autres, hautes de six ou sept étages, étroites, bardées d’ardoise pour résister aux embruns. Par temps calme, leurs façades se reflètent dans l’eau entre les mâts.
À l’entrée du bassin, la Lieutenance est le dernier vestige des remparts. C’est de Honfleur que Samuel de Champlain a appareillé en avril 1608 pour aller fonder Québec, ce que rappelle une plaque sur le bâtiment.
L’église Sainte-Catherine, construite comme un bateau
Deux rues derrière le quai, l’église Sainte-Catherine est la curiosité de la ville. Elle est entièrement en bois. Après la guerre de Cent Ans, dans la seconde moitié du XVe siècle, les habitants n’avaient ni pierre ni argent. Ils ont fait appel aux charpentiers des chantiers navals, les « maîtres de hache », qui ont bâti ce qu’ils savaient faire : une nef en forme de coque de navire renversée. Une seconde nef, accolée à la première, a été ajoutée peu après, au tournant du XVIe siècle.
De l’extérieur, les murs couverts d’essentes de châtaignier donnent à l’édifice des allures d’église scandinave. À l’intérieur, levez la tête : on a vraiment l’impression de se tenir sous deux bateaux retournés. L’entrée est libre.
Autre singularité, le clocher est séparé de l’église. Il se dresse de l’autre côté de la place, posé sur la maison du sonneur et soutenu par de grands étais de bois. La raison est pratique : un clocher attire la foudre, et l’on a voulu éviter qu’un incendie n’emporte toute l’église avec ses paroissiens.
Autour de la place, les maisons à colombages abritent galeries, boutiques et marchands de caramels. Hors saison, toutes ne sont pas ouvertes, mais on prend le temps de regarder les façades.
Ce qui est fermé en janvier à Honfleur
C’est le revers de la médaille. Les musées de Honfleur, dont le musée Eugène-Boudin et les Maisons Satie, observent une fermeture annuelle en janvier : pour l’hiver 2026-2027, elle débute le 4 janvier. Si les peintres de l’estuaire sont le but de votre voyage, venez plutôt en décembre ou à partir de février. Pour une simple balade, cela ne change rien : à Honfleur, le spectacle est dans la rue.
En repartant, vous franchirez sans doute le pont de Normandie, mis en service en 1995. Long de 2 141 mètres, il enjambe l’estuaire entre Honfleur et Le Havre. Le péage coûte 6,10 € pour une voiture. Et si vous préférez prolonger sur la Côte fleurie plutôt que de filer vers le nord, Deauville et ses activités sont à une vingtaine de minutes.
Dieppe, la doyenne des stations balnéaires
De Honfleur à Dieppe, comptez environ 115 kilomètres et 1 h 20 par l’autoroute A29. Changement de département, la Seine-Maritime, et changement d’échelle : Dieppe est une vraie ville de 28 000 habitants, avec un port de pêche, un port de commerce et un ferry pour l’Angleterre.
C’est ici qu’est née la mode des bains de mer en France. Un premier établissement de bains ouvre en 1822, et la duchesse de Berry y séjourne chaque été à partir de 1824, entraînant la bonne société parisienne dans son sillage. De cette époque, Dieppe a gardé un front de mer immense : une longue plage de galets, bordée de vastes pelouses où les Dieppois promènent leurs chiens et font voler des cerfs-volants.
En janvier, marcher sur cette plage relève de l’exercice vivifiant. Le vent décoiffe, les galets roulent sous les vagues avec un bruit de tambour, et l’on a les joues rouges en dix minutes. C’est exactement ce que nous étions venus chercher.
Que voir à Dieppe en une demi-journée
À l’ouest de la plage, le château-musée veille sur la ville depuis sa falaise. Ce château du XVe siècle abrite une collection d’ivoires sculptés, spécialité des artisans dieppois pendant des siècles, ainsi que des marines et des toiles impressionnistes. Il est ouvert du mercredi au dimanche, de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h, pour 6,50 € (gratuit pour les moins de 25 ans). Attention, le musée observe aussi une fermeture annuelle de trois semaines en janvier : vérifiez les dates avant de monter.
Sur le front de mer, impossible d’ignorer l’histoire. Le 19 août 1942, près de 5 000 soldats canadiens ont débarqué ici lors de l’opération Jubilee. Le raid fut un désastre : plus de 900 d’entre eux y ont laissé la vie. Les drapeaux à feuille d’érable et les monuments du square du Canada rappellent ce lien particulier entre Dieppe et le Canada.
Côté port, longez les quais jusqu’aux arcades, puis traversez vers Le Pollet, l’ancien quartier des pêcheurs. Dieppe se présente comme le premier port français pour la coquille Saint-Jacques, dont la saison court d’octobre au printemps : janvier tombe en plein dedans, et vous en trouverez à la carte de presque tous les restaurants du port.
Si votre week-end vous amène à Dieppe un samedi matin, ne manquez pas le marché. Il s’étire dans les rues du centre autour de l’église Saint-Jacques et a été élu plus beau marché de France en 2020. Avec des enfants et par temps de pluie, l’Estran Cité de la Mer, avec ses aquariums et ses maquettes de bateaux, fait un bon plan de repli.
Le Tréport, les falaises et le funiculaire
Trente kilomètres plus au nord, soit une grosse demi-heure par la D925, Le Tréport marque la fin de la Normandie. De l’autre côté du port commence la Somme. La ville tient en peu de mots : un port de pêche, une plage de galets, et une falaise de craie d’une centaine de mètres qui tombe à pic derrière les maisons.
Pour monter là-haut, deux solutions. Les courageux prennent l’escalier et ses 365 marches. Les autres, dont nous faisions partie, empruntent le funiculaire, dont les cabines traversent la falaise en tunnel sur 155 mètres. Inauguré en 1908, abandonné pendant des décennies, il a été remis en service en 2006 et il est gratuit. Avec des enfants, attendez-vous à faire plusieurs allers-retours.
Au sommet, les terrasses offrent une vue dégagée sur le port, la jetée, le phare et, en face, les villas colorées de Mers-les-Bains. Par temps clair, le regard porte loin vers la baie de Somme. Couvrez-vous : en haut, le vent ne fait pas de cadeau.
Redescendus, nous avons flâné dans le quartier des Cordiers, coincé entre le port et la falaise. Ses hautes maisons étroites en brique, avec leurs balcons ouvragés et leurs bow-windows, datent de l’essor des bains de mer. Puis direction les quais pour la poissonnerie municipale, où l’on achète le poisson du jour à deux pas des chalutiers.
Si vous avez une heure de plus, traversez le pont vers Mers-les-Bains. Son front de mer aligne plusieurs centaines de villas Belle Époque aux façades colorées, protégées et remarquablement conservées. Avec la ville d’Eu, elles forment ce que l’on appelle les « trois villes sœurs ». Et pour ceux qui voudraient prolonger d’une journée, la baie de Somme commence juste après : nous l’avons explorée dans notre article sur Le Crotoy en baie de Somme.
Organiser ce week-end : itinéraire et budget
L’itinéraire : depuis Paris, Honfleur est à 185 kilomètres, environ 2 heures par l’A13. De là, 115 kilomètres jusqu’à Dieppe, puis 30 jusqu’au Tréport, et 220 kilomètres pour rentrer sur Paris, soit un peu moins de 3 heures. Le plus logique est de consacrer la première journée à Honfleur, de dormir à Dieppe, et de garder Dieppe et Le Tréport pour le lendemain.
L’hébergement : en janvier, on trouve une chambre la veille pour le lendemain sans difficulté, souvent à des tarifs très inférieurs à ceux de l’été. Pour choisir entre hôtel, chambre d’hôtes et location, notre guide des hébergements en Normandie détaille les options.
Le budget : c’est un week-end économique. Les trois balades sont gratuites, le funiculaire aussi, tout comme l’église Sainte-Catherine. Hors hébergement et repas, les seules dépenses sont l’essence, les péages (dont 6,10 € pour le pont de Normandie) et le stationnement à Honfleur, payant dans tout le centre.
À table : profitez de la saison pour commander des coquilles Saint-Jacques, ou une marmite dieppoise, ce plat de poissons et de fruits de mer mijotés au vin blanc et à la crème. En dessert, la teurgoule, un riz au lait à la cannelle cuit des heures au four, réchauffe après une journée dans le vent. Un conseil tiré de l’expérience : en janvier, beaucoup de restaurants ferment pour leurs congés ou ne servent pas le dimanche soir. Passez un coup de fil avant de vous déplacer.
Dans la valise : un coupe-vent imperméable, un bonnet, des gants et des chaussures fermées qui ne craignent ni les galets ni les flaques. Le parapluie, lui, ne résiste pas au vent du front de mer.
Questions fréquentes
Oui, si vous cherchez le calme et les grands espaces. Il fait 5 à 8 °C, le jour dure environ huit heures et demie et certains musées sont fermés, mais les quais et les plages sont presque vides et les hébergements moins chers qu’en été.
Comptez environ 115 km et 1 h 20 entre Honfleur et Dieppe par l’A29, puis une trentaine de kilomètres et une grosse demi-heure entre Dieppe et Le Tréport par la D925.
Non, pas tout le mois. Les musées de Honfleur, dont le musée Eugène-Boudin et les Maisons Satie, observent une fermeture annuelle en janvier ; elle débute le 4 janvier pour l’hiver 2026-2027. L’église Sainte-Catherine et le Vieux Bassin restent accessibles.
Le clocher a été construit à l’écart de l’église, sur la maison du sonneur, pour limiter les risques. Un clocher attire la foudre, et l’on voulait éviter qu’un incendie ne détruise toute l’église en bois avec ses paroissiens.
Oui, le funiculaire du Tréport est gratuit. Inauguré en 1908 et remis en service en 2006, il relie la ville basse au sommet de la falaise. On peut aussi monter à pied par un escalier de 365 marches.
Le péage du pont de Normandie coûte 6,10 € pour une voiture depuis le 1er mai 2026. Le passage est gratuit pour les piétons, les vélos et les motos.
Janvier est en pleine saison de la coquille Saint-Jacques, dont Dieppe est un grand port de pêche. Goûtez aussi la marmite dieppoise, un plat de poissons et de fruits de mer au vin blanc et à la crème, et la teurgoule, un riz au lait à la cannelle.

