Semur-en-Auxois en amoureux : une soirée au théâtre et une balade dans la cité médiévale
L’essentiel à retenir 🌍
À 2 h 30 de Paris par l’A6, Semur-en-Auxois se prête à une escapade à deux d’une journée et d’une nuit. La cité médiévale se parcourt à pied en deux heures : porte Sauvigny, collégiale Notre-Dame, tours du donjon et vue sur le pont Joly depuis les remparts. Le soir, le théâtre à l’italienne, reconstruit en 1905 avec son plafond peint, donne une tout autre saveur au séjour. Passez avant par la Biscuiterie Mistral, ouverte du mardi au samedi, pour rapporter des Chocobeurs.
Nous habitons en Bourgogne, et nous passions depuis des années devant le panneau « Semur-en-Auxois » sur l’autoroute sans jamais sortir. Il a fallu un prétexte : deux places pour un spectacle au théâtre de la ville, un soir d’hiver. Sans les enfants, pour une fois, nous avons réservé une chambre sur place et transformé la soirée en escapade en amoureux. Une journée, une nuit, et la sensation d’être partis bien plus loin.
Premier arrêt gourmand : la Biscuiterie Mistral
Avant d’entrer dans la vieille ville, nous avons fait un crochet par la Biscuiterie Mistral, route de Dijon. L’entreprise, fondée à Paris en 1954, s’est installée à Semur en 1974 dans une ancienne fabrique de pâtes, et emploie aujourd’hui une cinquantaine de personnes. Depuis 2023, elle appartient au groupe coopératif bourguignon Dijon Céréales.
La boutique d’usine vend toute la gamme, souvent en grands sachets à prix doux. Deux spécialités à connaître : les Chocobeurs, de petites madeleines enrobées de chocolat noir créées en 1982, et les Margotines, baptisées en hommage à la tour Margot, l’une des tours du donjon. Nous sommes repartis avec de quoi tenir jusqu’au printemps, et le sachet de Chocobeurs n’a pas survécu au week-end.
Côté pratique : la boutique est ouverte du mardi au samedi, de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 19 h, et fermée le dimanche et le lundi. Si vous venez pour le week-end, passez-y donc le samedi. Les horaires pouvant évoluer, un coup de fil avant de vous déplacer n’est pas inutile.
Entrer dans la cité par la porte Sauvigny
Semur-en-Auxois occupe un éperon de granit rose enserré dans une boucle de l’Armançon. Un site défensif parfait, que les ducs de Bourgogne ont fortifié au Moyen Âge. La ville compte un peu moins de 4 000 habitants et porte le label Cité de Caractère de Bourgogne-Franche-Comté.
On pénètre dans le centre ancien par la porte Sauvigny, élevée au XVe siècle devant la porte Guillier, plus ancienne. Avec ses deux échauguettes et le blason de la ville, une tour d’argent sur fond d’azur, elle donne tout de suite le ton. Nous sommes arrivés en fin d’après-midi, au moment où le soleil d’hiver rasait les pavés.
Sous la voûte, levez les yeux. Une inscription peinte en lettres gothiques accueille le visiteur : « Les Semurois se plaisent fort en l’acointance des estrangers ». Elle est signée du cosmographe Sébastien Münster et datée de 1552. Près de cinq siècles plus tard, la formule fait toujours son effet, et l’accueil que nous avons reçu ne l’a pas démentie.
Passé la porte, la rue pavée s’ouvre sur des placettes bordées de maisons anciennes, de terrasses de café et de façades colorées, comme celle, rouge vif, de l’hôtel de la Côte-d’Or.
La collégiale Notre-Dame
La rue mène tout droit à la collégiale Notre-Dame, dont les deux tours dépassent les toits. L’édifice actuel a été commencé vers 1225, et la tradition attribue sa fondation au duc Robert Ier de Bourgogne, qui aurait voulu expier le meurtre de son beau-père. Classée monument historique dès 1840, elle a été restaurée par Viollet-le-Duc à partir de 1845.
Ce qui frappe en entrant, c’est l’étroitesse de la nef, qui la fait paraître encore plus haute. Prenez le temps de chercher trois choses. Sur le flanc nord, le tympan de la porte des Bleds, sculpté au XIIIe siècle, raconte l’histoire de saint Thomas. Dans les chapelles, des vitraux du XVIe siècle offerts par les corporations montrent les drapiers et les bouchers au travail. Et une Mise au tombeau de la fin du XVe siècle, aux personnages presque grandeur nature, vaut à elle seule la visite.
Les tours du donjon, les remparts et le pont Joly
En continuant vers la pointe de l’éperon, on arrive au donjon, ou plutôt à ce qu’il en reste : quatre grosses tours rondes qui marquaient les angles de la forteresse. Elles portent des noms de roman : la tour de l’Orle d’Or, la tour de la Géhenne, la tour de la Prison et la tour Margot.
La plus célèbre est la tour de l’Orle d’Or, haute de 44 mètres, avec des murs épais de 5 mètres à la base. Elle est reconnaissable à la grande lézarde qui la fend de haut en bas depuis 1602, quand Henri IV ordonna le démantèlement de la place. Elle tient debout depuis plus de quatre siècles avec cette fissure, ce qui laisse songeur.
Juste derrière, la promenade des remparts offre le plus beau point de vue de la ville. En contrebas, le pont Joly, construit dans les années 1780, franchit l’Armançon d’une seule arche. Au-delà, les collines de l’Auxois s’étendent à perte de vue. Nous y sommes restés un long moment, appuyés au parapet, à regarder la lumière dorée glisser sur les toits. Pour la photo classique de Semur, celle des tours dominant la rivière, il faut faire l’inverse : descendre sur le pont et se retourner.
Une soirée au théâtre de Semur
C’était le but du voyage. Le théâtre municipal, que l’on appelle aussi théâtre du Rempart, se trouve à deux pas du donjon, rue du Rempart. Il est littéralement adossé à la forteresse : la tour Margot, du XIIIe siècle, lui sert d’arrière-scène.
Son histoire commence par un legs, celui d’un Semurois nommé Lazare Gueneau d’Aumont, en 1840, qui permet à la ville de se doter d’un théâtre à l’italienne. Le bâtiment brûle le 5 août 1901. La municipalité le fait reconstruire aussitôt par l’architecte Hector Marcorelles, et les travaux s’achèvent en 1905. La façade, sobre, avec ses trois baies en plein cintre et son balcon à balustres, ne laisse rien deviner de ce qui attend à l’intérieur.
La salle est une bonbonnière. Des balcons en fer à cheval ornés de motifs végétaux dorés, des murs bleu-vert, un rideau rouge surmonté d’un lambrequin peint aux armes de la ville : le décor, réalisé en 1904 par deux peintres-décorateurs dijonnais, relève de l’Art nouveau. Depuis notre place au balcon, nous dominions la scène comme dans un théâtre de poupée.
Avant que les lumières ne s’éteignent, regardez le plafond. Il a été peint en 1903 par Henri Collin, un artiste dont le père était natif de Semur et qui a offert son travail à la ville. Des figures de danseuses et de musiciens tournoient dans un ciel jaune d’or, cernées d’une frise de feuilles de vigne, clin d’œil à la Bourgogne. Les curieux y chercheront un détail malicieux : sur la partition des chanteuses, le peintre a glissé une inscription anticléricale, bien dans l’esprit de l’époque.
Assister à un spectacle ici n’a rien à voir avec une soirée dans une grande salle moderne. On est proche de la scène, on entend le parquet craquer, on se salue entre voisins à l’entracte. La programmation change d’une saison à l’autre, et la salle accueille aussi un festival de théâtre amateur, en juin ou en septembre selon les éditions. Consultez la programmation avant de fixer vos dates : c’est elle qui donne son prétexte au séjour.
Organiser une escapade à Semur-en-Auxois
Y aller : depuis Paris, comptez environ 2 h 30 par l’A6, sortie 23 Bierre-lès-Semur. Dijon est à environ une heure de route. En train, la gare la plus proche est celle de Montbard, desservie par le TGV, à une vingtaine de kilomètres.
Où dormir : choisissez un hébergement à l’intérieur de la vieille ville ou à ses portes. Après le spectacle, rentrer à pied par les rues pavées éclairées, sans personne, fait partie du plaisir.
Combien de temps : deux heures suffisent pour le tour de la cité, trois si vous entrez dans la collégiale et descendez jusqu’au pont Joly. Avec la biscuiterie, un dîner et le spectacle, la journée est bien remplie.
Quand venir : nous y étions en hiver, et la lumière de fin de journée sur la pierre valait tous les étés. Si vous préférez l’animation, visez le 31 mai : Semur organise ce jour-là la Course de la Bague, une course de chevaux créée en 1639 et présentée comme la plus ancienne de France.
Aux alentours : le lendemain, plusieurs visites sont possibles dans un rayon de vingt minutes. Le village d’Époisses, son château et son fromage sont à 12 kilomètres. Avec des enfants, le parc de l’Auxois occupe facilement une journée. Et si les vieilles pierres vous ont plu, poursuivez vers Noyers-sur-Serein, dans l’Yonne, ou piochez dans notre sélection des plus beaux villages du Morvan.
Questions fréquentes
Deux heures suffisent pour faire le tour de la cité médiévale à pied. Prévoyez trois heures si vous visitez la collégiale Notre-Dame et descendez jusqu’au pont Joly. Avec un spectacle au théâtre, une nuit sur place prend tout son sens.
La porte Sauvigny et son inscription, la collégiale Notre-Dame, les quatre tours du donjon dont la tour de l’Orle d’Or, la promenade des remparts avec la vue sur le pont Joly, et le théâtre à l’italienne. Ajoutez un passage à la Biscuiterie Mistral.
Le plus simple est d’assister à un spectacle de la saison culturelle : c’est la meilleure façon de voir la salle à l’italienne et son plafond peint de 1903. Le théâtre ouvre aussi ses portes lors des Journées européennes du patrimoine.
La boutique, route de Dijon, est ouverte du mardi au samedi de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 19 h. Elle est fermée le dimanche et le lundi. Les horaires pouvant changer, mieux vaut téléphoner avant de se déplacer.
La grande lézarde qui fend la tour date de 1602, lorsque Henri IV ordonna le démantèlement de la forteresse. Haute de 44 mètres, avec des murs de 5 mètres d’épaisseur à la base, la tour tient debout depuis plus de quatre siècles.
En voiture, comptez environ 2 h 30 par l’autoroute A6, sortie 23 Bierre-lès-Semur. En train, la gare la plus proche est Montbard, desservie par le TGV, à une vingtaine de kilomètres.

