Fête des cyclamens au château de Sainte-Pallaye : notre dimanche en famille dans l’Auxerrois
L’essentiel à retenir 🌍
La fête des cyclamens ouvre une journée par an le parc du château de Sainte-Pallaye, un village de 97 habitants à 18 kilomètres au sud-est d’Auxerre. Le reste de l’année, ce domaine privé ne se visite pas. On y marche dans des allées entièrement tapissées de cyclamens sauvages en fleur, on monte sous la charpente d’un pigeonnier inscrit aux monuments historiques, et on repart avec des bulbes cédés contre un don au profit d’Octobre Rose. Comptez une bonne heure de balade.
Nous avions repéré l’affiche quelques jours plus tôt, sans trop savoir à quoi nous attendre. Une fête des cyclamens dans un château de l’Auxerrois, cela sonnait comme une de ces petites manifestations de village qui se règlent en vingt minutes. Ce dimanche 20 septembre, nous y sommes allés à six, nous quatre plus les parents d’Amandine, en profitant d’une journée de septembre encore chaude. Nous y sommes restés tout l’après-midi, et nous sommes repartis avec la carte mémoire pleine et un sachet de bulbes sur les genoux.
Un parc qui n’ouvre qu’un jour par an
C’est le premier point à comprendre, et c’est ce qui donne tout son intérêt à la journée : le château de Sainte-Pallaye est une propriété privée qui ne se visite pas. Pas de billetterie, pas d’horaires d’été, rien. La fête des cyclamens est l’une des rares occasions de franchir la grille et de marcher dans le parc.
L’édition de cette année se tenait le dimanche 20 septembre, à partir de 10 heures, dans le parc du château. La date bouge d’une année sur l’autre, calée sur la floraison : en 2024, la journée avait eu lieu le 6 octobre, de 10 heures à 18 heures. Surveillez l’annonce à la fin de l’été plutôt que de noter une date fixe dans votre agenda.
L’ambiance n’a rien d’une grande manifestation touristique. On se gare sur le bas-côté, on remonte l’allée, et on tombe sur des tréteaux installés devant les communs, quelques bénévoles, des ballons roses accrochés aux pieds de table. À l’échelle d’un village de moins de cent habitants, l’organisation est remarquable, et l’on discute facilement avec les gens qui tiennent les stands.
Le pigeonnier, la vraie surprise de la visite
Nous avons commencé par le colombier, cette grosse tour ronde en pierre coiffée d’un toit conique en tuiles, à moitié mangée par le lierre et la vigne vierge. Vu de l’extérieur, on lui donne une belle allure sans forcément s’arrêter. C’est en entrant que la visite bascule.
À l’intérieur, il faut lever la tête. Toute la paroi circulaire est percée du sol au toit de boulins, ces petites niches en brique où les pigeons venaient nicher, alignées sur des dizaines de rangs concentriques. Au-dessus, la charpente en étoile part d’un point central et rayonne vers les murs. Nos enfants, qui traînaient un peu des pieds à l’idée de visiter « encore un vieux truc », sont restés la nuque en arrière un bon moment à compter les trous.
Un détail à connaître pour raconter l’histoire aux enfants : sous l’Ancien Régime, le droit de posséder un colombier de cette taille était un privilège seigneurial, et le nombre de boulins était proportionnel à l’étendue des terres. Une tour pareille, ce n’est pas un poulailler, c’est un affichage de statut social. Ceux qui ont aimé l’expérience retrouveront le même genre de plaisir à Druyes-les-Belles-Fontaines, son château et ses sources, à une quarantaine de minutes de route.
Des allées tapissées de cyclamens sur des centaines de mètres
Puis vient la balade, et c’est elle qui justifie le déplacement. Le parc se parcourt par de longues allées bordées d’arbres, et le sol y disparaît littéralement sous les fleurs. Pas quelques touffes au pied des troncs : un tapis continu, rose et blanc, qui court jusqu’au bout de la perspective et déborde de part et d’autre dans le sous-bois.
Nous avons tourné dans le parc pendant près de deux heures sans nous lasser, et le compteur de photos s’en est ressenti. La lumière de septembre passe à travers les feuillages encore verts et éclaire le tapis par plaques, ce qui change complètement selon l’allée où l’on se trouve. Les parents d’Amandine, qui connaissent pourtant bien la région, n’avaient jamais rien vu de tel à moins de vingt minutes de chez eux.
Quelques éléments de décor ponctuent la promenade : une vieille charrette en bois appuyée contre le mur de clôture, des murets de pierre sèche envahis de lierre, des troncs énormes dont certains ont manifestement été taillés en têtard pendant des décennies.
Quelle est cette fleur exactement ?
Le cyclamen sauvage qui fleurit dans nos sous-bois à cette saison est le cyclamen de Naples (Cyclamen hederifolium). Il fleurit d’août à octobre, avant même que les feuilles ne sortent, ce qui explique cet effet de tapis nu constellé de fleurs. Le feuillage arrive ensuite, vert marbré d’argent, et reste en place de l’automne au printemps. C’est une plante tubéreuse rustique qui se naturalise très bien en sous-bois clair et se ressème seule : en près de trois siècles de parc tranquille, cela donne ce que nous avons sous les yeux.
L’histoire du château de Sainte-Pallaye
Le bâtiment que l’on découvre au bout de l’allée n’a rien d’un château fort : c’est une demeure du siècle des Lumières, longue et basse, façade rose orangé, volets gris-bleu, avant-corps central percé d’une grande porte cochère. La description officielle est plus sèche : plan symétrique, un étage carré et un étage de comble, gros œuvre en calcaire, moellon et enduit, élévation à travées, toit à longs pans brisés couvert de tuiles plates.
Des Esterling aux frères La Curne
D’après les sources locales, un premier château, siège de la seigneurie, serait resté dans la famille Esterling jusqu’au début du XVIIIe siècle (la notice complète de la base Mérimée n’étant pas consultable en ligne, ce point reste invérifiable). C’est ensuite qu’il est reconstruit sous la forme que l’on voit aujourd’hui, vers 1740, pour les frères La Curne (orthographiés Lacurne selon les sources).
Ce nom mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il est bien plus connu qu’il n’y paraît. Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye, né à Auxerre le 6 juin 1697 et mort à Paris le 1er mars 1781, fut l’un des grands médiévistes et lexicographes français du siècle. Élu à l’Académie des inscriptions en 1724, il en devient directeur en 1754, puis entre à l’Académie française en 1758. Son grand œuvre, un Dictionnaire historique de l’ancien langage françois, ne sera publié qu’au XIXe siècle, bien après sa mort.
Il avait un frère jumeau, Edmond (1697-1779), homme de lettres et grand amateur de musique. C’est pour les distinguer que l’un a porté le nom de Sainte-Palaye, tiré de la seigneurie, et l’autre celui de La Curne. Les deux frères étaient si attachés l’un à l’autre que Jean-Baptiste refusa de se marier pour ne pas avoir à s’en séparer. Le château que nous avons visité est celui de ces deux-là.
Un parc planté en 1740
Le parc date de la même campagne de travaux. Il a été planté en 1740 par un dénommé Polet, d’après des dessins d’André Le Nôtre, le jardinier de Versailles, mort quarante ans plus tôt. Il ne s’agit donc pas d’un chantier conduit par Le Nôtre en personne, mais de la reprise de ses tracés par un praticien local, ce qui était courant à l’époque où son style faisait encore autorité. Les longues allées rectilignes bordées d’arbres alignés, qui structurent toute la promenade, viennent de là.
Inscrit aux monuments historiques depuis 1991
Le château est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 28 février 1991 (référence PA00113971 dans la base Mérimée). La protection porte précisément sur les façades et toitures du château et de l’aile en retour constituant les communs, sur le colombier et sur le parc. Autrement dit, le pigeonnier et les allées où nous avons marché sont protégés au même titre que la demeure, ce qui est loin d’être systématique.
Le reste de l’histoire du domaine est mal documenté : la notice Wikipédia est à l’état d’ébauche et la notice complète de la base Mérimée n’est consultable qu’à la Médiathèque du patrimoine, à Charenton-le-Pont. Nous nous en tenons donc à ce qui est établi, sans broder.
Des bulbes au profit d’Octobre Rose, du miel et des bougies
La partie marché occupe les tréteaux installés devant les communs. On y trouve des plants en godet et surtout des bulbes de cyclamen sauvage prélevés dans le parc, cédés contre un don. Les pancartes annoncent un don minimum d’un euro ou de trois euros selon les lots, et la recette va à Octobre Rose, la campagne de dépistage du cancer du sein. D’où les ballons roses partout.
Deux autres stands complètent l’ensemble : du miel local et des bougies artisanales.
Comment planter les bulbes rapportés
Une affiche pédagogique était accrochée à un arbre près du stand, et les bénévoles prennent le temps d’expliquer. Voici ce qui y figurait, que nous avons appliqué à la lettre en rentrant.
- Le bon moment : de septembre à novembre, après les premières chaleurs et avant les grands froids.
- Un bulbe sain : ferme, peau intacte, sans moisissure ni partie molle. Ceux du cyclamen sauvage sont plus petits et plus aplatis que les variétés de fleuriste.
- Le sol : léger, riche en humus et bien drainé. Un peu de compost, et du sable si votre terre est lourde.
- La plantation : 5 à 8 centimètres de profondeur, sommet légèrement orienté vers le haut, une dizaine de centimètres entre chaque bulbe.
- L’arrosage : doucement après la plantation pour tasser la terre, puis on laisse légèrement humide. Le cyclamen sauvage craint l’humidité stagnante.
- Ensuite : les premières feuilles sortent en quelques semaines, la floraison suit, parfois seulement quelques mois plus tard selon la météo.
L’affiche précisait aussi qu’un bulbe bien installé fleurit plusieurs années de suite et se multiplie tout seul. Rendez-vous dans trois ans au pied de nos arbres, donc.
Infos pratiques pour y aller
Où : parc du château, 89460 Sainte-Pallaye, dans l’Yonne. Le village compte 97 habitants, dépend de l’arrondissement d’Auxerre et du canton de Joux-la-Ville. Comptez 18 kilomètres à vol d’oiseau depuis Auxerre, une vingtaine de minutes par la route, et environ 5 kilomètres depuis Vermenton.
Quand : une journée par an, à partir de 10 heures, à une date qui suit la floraison. Fin septembre cette année, début octobre en 2024. Renseignez-vous auprès de la mairie ou sur les canaux d’information de la commune à partir de la mi-septembre.
Avec des enfants : oui, sans réserve. Les allées sont plates et larges, la poussette passe sans difficulté sur les parties gravillonnées. Prévoyez des chaussures fermées pour le sous-bois et de quoi boire, il n’y a pas de buvette permanente.
Combien de temps : une heure suffit pour faire le tour, mais nous y avons passé tout l’après-midi entre le pigeonnier, la balade et les stands. Si vous venez de loin, le secteur se complète facilement : nous avons rassemblé d’autres idées dans notre sélection de sorties gratuites dans l’Yonne, et les environs de Joigny se visitent bien sur la même journée en remontant vers le nord du département.
Photographes : venez tôt ou en fin d’après-midi. En milieu de journée, le soleil de septembre tape fort à travers les feuillages et le contraste entre les plaques de lumière et l’ombre du sous-bois est difficile à gérer.
Prolonger la journée dans l’Yonne
La fête se termine en milieu d’après-midi, ce qui laisse de quoi compléter le programme sans rouler longtemps. À une petite demi-heure de route vers l’est, Noyers-sur-Serein aligne ses maisons à pans de bois dans une boucle du Serein, et c’est l’un des Plus Beaux Villages de France les plus tranquilles du département. En partant à l’ouest, les villages de la Puisaye et leurs ateliers de potiers demandent plutôt une journée entière à eux seuls. Et si vous remontez vers le nord du département, Sens et sa cathédrale gothique font une belle dernière étape avant de reprendre l’autoroute.
Questions fréquentes
Non. Le château est une propriété privée qui ne se visite pas. La fête des cyclamens est l’une des rares occasions d’accéder au parc et au pigeonnier. L’intérieur de la demeure, lui, reste fermé.
Une journée par an, en fin d’été ou au début de l’automne, à partir de 10 heures. L’édition de cette année s’est tenue le dimanche 20 septembre, celle de 2024 le 6 octobre. La date est calée sur la floraison des cyclamens, elle bouge donc chaque année.
Le tarif n’est pas communiqué à l’avance par les organisateurs. Sur place, la logique est celle du don : les bulbes et les plants sont cédés contre une participation, à partir d’un euro, au profit d’Octobre Rose. Prévoyez de la monnaie et des petites coupures.
Le cyclamen sauvage qui tapisse les sous-bois français à cette saison est le cyclamen de Naples, Cyclamen hederifolium. Il fleurit d’août à octobre avant la sortie des feuilles, puis garde un feuillage marbré d’argent jusqu’au printemps.
Oui, c’est même l’un des intérêts de la journée. Les bulbes sont vendus sur place contre un don, avec les explications des bénévoles. Il faut les installer entre septembre et novembre, à 5 à 8 centimètres de profondeur, dans un sol léger et bien drainé, à mi-ombre sous des arbres.
Tout à fait. Les allées sont plates, la balade se fait sans dénivelé et le pigeonnier retient l’attention des enfants plus longtemps qu’on ne l’imagine. Prévoyez simplement des chaussures fermées et de l’eau.
Sainte-Pallaye est à une vingtaine de minutes d’Auxerre et à quelques kilomètres de Vermenton et de Cravant. Le château de Druyes-les-Belles-Fontaines est à environ quarante minutes de route, et le sud de l’Yonne offre de quoi remplir une journée complète autour de la vallée de la Cure.

